La motivation pour le sport, de quoi parle-t-on?



Les bienfaits du sport pour prendre soin de sa santé (prévention primaire et secondaire, amélioration de la qualité de vie de certaines pathologies chroniques etc …) ou de soi (bien-être physique et mental, sensations corporelles agréables, relation apaisée avec le corps etc...) ne sont plus à prouver … Or pour certains de nos patients, trouver la motivation pour faire du sport est un projet sans fin voire sans commencement.

Outre le flot d’excuses toutes autant valables les unes que les autres, le meilleur moment pour commencer à faire du sport, est toujours demain, lundi ou … quand j’aurais perdu 10 kg !

Qu’est-ce qui les empêche de se mettre au sport ? Ou de s’y tenir ?


Dans cet article nous aborderons plusieurs pistes afin d'aider le professionnel de santé à augmenter la motivation de leurs patients pour la pratique sportive.



Il existe des centaines de théorie sur la motivation … celle que nous nous avons choisi repose sur 3 éléments : le sens, la liberté d’action et le sentiment d’efficacité personnelle.


  • Trouver du sens

Se mettre au sport requiert en effet que cela fasse sens pour votre patient … Après un bref rappel de l’intérêt de pratiquer une activité physique, il faut donc vérifier que cela ait du sens pour lui !


D’une manière générale, le sens peut se définir comme la mise en évidence d’un objectif général jugé bon pour soi et de qualités d’action. Un objectif général est un objectif formuler de manière positive qui ne peut jamais être totalement atteint. Prendre soin de soi, faire du bien à son corps, entretenir sa santé, œuvrer pour son bien-être… La pratique d’une activité physique choisie consistera en un comportement appartenant à cet objectif général. Pour ceux familiers avec la théorie des cadres relationnels, cela correspond à un cadre hiérarchique.


Le praticien de santé ou le coach, afin de mettre en évidence les objectifs généraux et positifs peut utiliser différentes questions :

- En quoi serait-ce profondément bon pour vous de faire du sport ?

- Faire du sport peut être vue comme un choix. En quoi choisir de faire du sport est-il important pour vous ?


Le professionnel pourra également utiliser des outils de communication pour aider le patient à définir ses objectifs généraux :

- Reformuler de manière positive une intention formulée de manière négative

- Élargir la focale : passer d’un objectif focalisé à un objectif général

- Émettre des hypothèses

exemple : « je ne veux plus être gros » serait reformuler d'une manière plus ouverte « vous aspirez à être dans un corps en bonne forme »

- L’utilisation de question à échelle : A quel point est-ce important pour vous de vous remettre au sport ? : 0 (pas important du tout) à 10 (c’est extrêmement important pour moi) ?


Une fois défini ce qui fait sens pour lui, le voilà doté d’une source inépuisable de motivation ! Toute activité librement choisie ne sera pas une fin en soi mais plutôt une action au service de l’objectif général et positif.


Les qualités d’action sont des attitudes que l’on peut incarner pour avancer en direction de notre objectif général.

Exemples de qualités d’action : avec bienveillance, avec patience, comme un défi, en prenant mon temps, en me respectant, avec tolérance de mes limites, en m’écoutant, avec curiosité…


Le professionnel peut explorer les qualités d’action nécessaires pour le patient en utilisant la question suivante :

- Quelles attitudes positives vous semblent-elles importantes d’incarner ?

Il est aussi pertinent de guider le patient en utilisant des cadres relationnels de distinction. exemple:

"Il existe deux façons de se comporter envers soi, la première est d’être dur, de se mettre la pression, de se juger pour ses difficultés…la seconde consiste à nourrir la patience, la bienveillance, l’écoute de soi, le dépassement respectueux, l’amusement… quelle façon de vous comporter envers-vous vous semble la plus utile ?"

Ces qualités d’action vont être au cœur du travail portant sur la remise au sport et le maintien d’une activité physique. En s’appuyant par exemple sur la bienveillance, le coaché restera vigilent sur l’intensité de son effort (ni trop, ni trop peu…).


  • La liberté d’action

Pour avancer en direction d’un objectif général positif (valeur) il est important de se sentir libre d’agir. Faire une activité doit-être un choix.

Le professionnel peut rappeler à son patient/coaché que sa liberté d’action est le cœur de la motivation.

« sachez que rien ne vous oblige à faire du sport. Votre liberté consiste à choisir par vous-même ce qui est bon pour vous »


Dans cet exemple le professionnel utilise le langage pour associer le sport à un choix, ce qui est à l’opposé d’une règle verbale rigide « vous devez/il faut ». Le sport étant présenté ici comme une possibilité d’action potentielle permettant de nourrir l’objectif général.


  • Nourrir le sentiment d’efficacité personnelle

Le sentiment d’efficacité personnelle est la croyance que nous avons sur notre capacité à agir. Pour pouvoir se sentir suffisamment « intrinsèquement motivé » nous devons nous sentir capable d’agir.


Plusieurs pistes peuvent être explorer par le professionnel pour nourrir le SEP :

- Valoriser les activités déjà pratiquées

- Guider le patient sur des activités à sa portée

- Aider le patient à se définir des défis réalistes et un peu en dehors de sa zone de confort


Comme nous venons de le voir, la motivation repose sur 3 caractéristiques qui sont fortement intriquées :

- Connecter du sens dans une démarche augmente notre SEP

- Définir des qualités d’action (attitudes positives) permet de se fixer des objectifs réalistes

- Agir en direction d’un objectif général et positif augmente notre sentiment de liberté


  • Identifier les obstacles mentaux

Afin d’aider un patient à nourrir sa motivation intrinsèque il est aussi nécessaire d’identifier les freins mentaux/émotionnels du patient/coaché. Dans un langage plus ACT : mettre en évidence la fusion non fonctionnelle avec des pensées récurrentes donnant des conséquences défavorables : évitement, résignation, lutte, pression…


Voici une liste non exhaustive des principales pensées obstacles (Saffer et Chablis, 2018):

- La peur : d’être jugé/critiqué, d’être ridicule, de ne pas y arriver, de me sentir mal

- Les pensées qui se focalisent sur les mauvaises expériences (« rappelle-toi comme tu en as bavé la dernière fois »)

- Les pensées de procrastination : « on verra demain »

- Les pensées excuses : « je n’ai pas le temps », « j’ai mal au pied »

- Les pensées « pression » : « Il FAUT… », « Je DOIS… », « toujours/jamais », « je sais que je DEVRAIS »

- Les « MAIS » : j’aimerai faire ceci MAIS… »

- Les pensées défaitistes « je n’y arriverai pas », « c’est trop dur pour moi »La culpabilité en cas d’échec ou la peur de l’échec

- Les pensées qui mettent la barre trop haute : « tout doit être parfait », « il faudrait que tu fasses 3h de sport par semaine »

- Les pensées auto-critiques dures : « tu n’as pas de volonté », « tu te laisses aller », « tu es trop grosse » …

- Les pensées : « ça ne sert à rien »

- Les pensées centrées sur le poids « je dois faire du sport pour mincir… », « il faut d’abord que je perde du poids… »

- Les pensées généralisantes sur soi « tu es… faible/juste bon à… », « tu n’es pas sportif… »

- Les pensées « le travail d’abord » … et ses variantes « le rangement d’abord » …

- Les pensées « la priorité c’est les autres » : enfants, collègues, parents…

- Les pensées centrées sur le confort « tu seras tellement mieux devant la TV »



L’idée étant d’amener le patient à adopter une posture d’observateur pragmatique. La focale n’est ici pas mise sur la véracité des pensées (vraies ou fausses) mais bien sur leurs conséquences sur l’engagement valorisé.

Ceci est un point important, entamer un débat sur la véracité des cognitions et croyances risques de mener à une impasse.


Comparons ici une interaction basée sur la véracité et une action basée sur la fonctionnalité


Interaction centrée sur la véracité

Patient : « je ne suis pas assez courageux pour faire du sport» Professionnel : « mais non, vous dites ça mais je suis sur ce que c’est faux» Patient : « non c’est vrai »

Cet échange montre que « rentrer dans le contenu » du langage augmente la fusion avec les pensées et génère potentiellement des résistances relationnelles.


Interaction centrée sur les conséquences

Patient : « je ne suis pas assez courageux pour faire du sport» « Professionnel : « est-ce une pensée que vous avez souvent sur vous ? » Patient : « oui souvent » Professionnel : « et diriez-vous que cette pensée vous aide à prendre soin de vous ou fait-elle obstacle ? » Patient : « elle fait obstacle » Professionnel : « bien observer. Peut-être qu’il serait important de se méfier de ce type de pensées alors »


Dans cet échange le professionnel invite à regarder les conséquences de « suivre la pensée » et cela au regard de l’objectif général positif.

D’autres exercices de défusion cognitive peuvent utilisés. La métaphore du pommier de Jean-Christophe Seznec est souvent utilisée dans nos entretiens.

Les pensées sont comparées à des pommes tombant d’un pommier. Certaines pommes étant mûres à point, bien juteuses, bien nourrissantes. D’autres étant pourries et amères. Enfin d’autres paraissent bien jolies en apparence mais sont pourries à l’intérieur.


Exemple d’interaction

Patient : « vous savez je